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Goûter la soupe

 

Par Dinah Pitre-Payne
Conseillère à l’enseignement et aux apprentissages
Collège communautaire du Nouveau-Brunswick

N’est-il pas étonnant comment une petite phrase peut changer la façon dont nous pensons à quelque chose? Dans un article intitulé Hitting the Reset Button: Using Formative Assessment to Guide Instruction (Dirksen, 2011), une citation magnifiquement simpliste par Robert Stake indique : Quand le cuisinier goûte la soupe, c’est formatif: quand les invités goûtent la soupe, c’est sommatif (Scriven 1991: 169).

L’article favorise l’utilisation fréquente d’évaluations formatives afin que les erreurs deviennent une seconde chance d’apprendre. L’analogie est souvent faite aux jeux vidéo, ceux-ci ayant créé une culture de l’utilisation de nos erreurs comme un tremplin pour comprendre comment un jeu peut être conquis; en substance, se tromper vous aide à comprendre comment gagner la prochaine fois – ni préjudice ni faute. Cela va à l’encontre de l’idée traditionnelle que les erreurs sont mauvaises et doivent être évitées autant que possible.

Ce qui est intéressant, c’est que nous encourageons les enfants à faire des erreurs quand ils sont très jeunes, mais, quand ils arrivent à l’âge scolaire, ils sont amenés à s’autocensurer et à tenter de ne jamais donner une mauvaise réponse. Voici un exemple de cette situation selon Beaty (1994) : lorsque les enfants apprennent à marcher, nous les encourageons à se tenir debout avec notre aide, à se tenir debout eux-mêmes et ensuite à prendre quelques pas. Quand ils tombent, inévitablement, nous les félicitons pour leurs efforts et nous ne nous concentrons pas sur la chute. Nous comprenons que les chutes font partie du processus d’apprendre à marcher. (p. 162). À l’âge de quatre ou cinq ans, quand ils commencent l’école, les enfants sont félicités quand ils ont la bonne réponse, mais ils ne sont pas récompensés pour les essais infructueux. Le travail supplémentaire, les notes inférieures et même la détention sont toutes des séquelles négatives à s’être trompé.

Ceci a pour effet d’accroitre la réticence des étudiants de tenter une réponse à moins qu’ils soient plus ou moins certains qu’ils ont une très bonne chance d’avoir raison. Cette réticence de « tenter le coup » peut paralyser le processus d’apprentissage. Aux études postsecondaires, ces étudiants comprennent qu’ils ont souvent un seul coup de faire leurs preuves. Les tests sont effectués à des fins sommatives et les erreurs sont coûteuses.

En tant qu’instructrice, je donnais à mes étudiants des cours magistraux, en essayant de toucher autant de styles d’apprentissages que possible et je posais des questions pour vérifier la compréhension. Ce que je faisais moins souvent c’était d’utiliser des tests formatifs de façon systématique pour confirmer la compréhension. Au moment où le travail était remis ou le test était donné, je pensais que les étudiants avaient la responsabilité de mettre en pratique ce qu’ils avaient appris afin de mériter leurs notes. En ce moment-là, les erreurs allaient leur coûter cher.

L’un des outils qui ont été mentionnés par l’auteur de l’article était le télévoteur. Celui-ci permet la votation électronique instantanée en classe et permet aux étudiants de répondre aux questions de façon anonyme. Cela enlève l’embarras de donner une mauvaise réponse et exige que chacun essaye de répondre. Les outils tels que les télévoteurs, les applications comme Poll Everywhere, Easypolls et Survey Monkey, et les outils de sondages intégrés dans les systèmes de gestion de l’apprentissage (LMS) donnent aux enseignants, en présentiel et à distance, la possibilité de mettre en œuvre des tests formatifs régulièrement. Les résultats sont transmis immédiatement à l’enseignant de telle sorte que la leçon peut être révisée ou reformulée pour améliorer la compréhension, au besoin. Cette information est précieuse pour l’enseignant qui révise sa performance à la fin d’une classe en se basant sur ce qu’il pense a peut-être mal été compris. Pour l’apprentissage à distance, les sondages fournissent une motivation supplémentaire pour l’étudiant de rester attentif et concentré sur la leçon. Quand la participation est requise de la part de l’apprenant, la dynamique du cours se transforme de passive à active.

Bien que les institutions postsecondaires se prononcent de vive voix au sujet de donner la priorité aux étudiants et à leur apprentissage, le penchant traditionnel de l’évaluation continue de démontrer l’inverse.

Tellement plus d’accent peut être mis sur l’évaluation formative pour renforcer la capacité des enseignants à aider les étudiants dans leur apprentissage de la matière. À l’avenir, comme le « cuisinier » dans la salle de classe, je souhaite qu’un plus grand nombre d’enseignants soient désormais enclins à « goûter la soupe ».

« Traduction libre de l’article »

Références

Beaty, J. (1994). Observing Development of the Young Child. New York: Merrill

Dirksen, D. (2011). Hitting the reset button: Using formative assessment to guide instruction. Phi Delta Kappan, 92(7), 26-31. Retrieved from ERIC database (EJ923473).

Scriven, M. (1991). Evaluation Thesaurus. Californie: Newbury Park

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